À la tribune de l’Assemblée nationale, le ton est grave, presque solennel. Mais derrière la rhétorique parlementaire, c’est une ligne politique claire qui se dessine : soutenir la ratification, sans jamais perdre de vue la réalité d’un conflit que Kinshasa continue de qualifier d’agression.
Car pour le député, le débat ne peut être dissocié du cadre juridique international. La Résolution 2773 du Conseil de sécurité de l’ONU n’est pas un simple texte : elle est la boussole. Adoptée sous le Chapitre VII, elle impose des obligations fermes aux protagonistes, au premier rang desquels Kigali, sommé de cesser tout soutien au M23 et de retirer ses troupes sans condition.
Mais entre le droit et sa mise en œuvre, le fossé est connu. Et c’est précisément dans cet espace d’incertitude que s’inscrit la stratégie du président Félix-Antoine Tshisekedi. Face aux limites d’un système international dépourvu de véritable force coercitive, Kinshasa a multiplié les canaux, de Doha à Washington, pour arracher des garanties.
L’accord soumis aux députés n’est donc pas, selon Okitundu, un compromis de faiblesse. Il est un instrument de pression. Un pari sur l’influence des États-Unis, seuls capables, selon lui, d’imposer un rapport de force dissuasif à Kigali.
Mais ce plaidoyer en faveur de la ratification n’est pas un blanc-seing. Bien au contraire. L’ancien ministre des affaires étrangères met en garde contre ce qu’il perçoit comme une dérive dangereuse : la tentative rwandaise de conditionner le retrait de ses troupes à la neutralisation préalable des FDLR. Une lecture qu’il juge non seulement abusive, mais contraire à l’esprit même du droit international.
Car la hiérarchie des normes est sans appel. En cas de contradiction, rappelle-t-il, les résolutions du Conseil de sécurité priment sur tout autre accord. Une évidence juridique, mais aussi un enjeu politique majeur : éviter que l’accord de Washington ne devienne un alibi pour retarder l’application des obligations internationales.
Dans cette bataille d’interprétation, Kinshasa joue gros. Trop, peut-être, pour se permettre la moindre ambiguïté. D’où cet appel appuyé au gouvernement : clarifier, expliquer, rassurer.
Et pourtant, au terme de son intervention, le cap reste inchangé. Il faut ratifier. Par réalisme. Par stratégie. Et surtout, par responsabilité.
Car refuser l’accord, ce serait risquer l’isolement diplomatique. L’accepter, c’est tenter d’en faire un levier , fragile, certes , mais potentiellement décisif pour restaurer l’autorité de l’État sur l’ensemble du territoire.
Entre méfiance et nécessité, la République démocratique du Congo avance sur une ligne de crête. Et dans cette séquence, une certitude s’impose : la paix ne sera ni naïve, ni gratuite. Elle sera arrachée, pied à pied, entre le droit, la pression internationale et la vigilance politique.
Rapporte Freddy Noël Tshiyoyo/fntv.cd
